Ginny Soskey

chronique d'un retour à l'ordre
On l'appelle le bourg, la ville, Epône (Yvelines): cette commune de quelque 6500habitants, à une cinquantaine de kilomètres de Paris, sur l'A13, direction Normandie, oscille entre rural et ville à la campagne, entre zones industrielles et champs de blé, vergers et cultures maraîchères, le long de la Seine, d'un bras, au moins.
Au XIXe siècle, on la surnommait Epône les Poireaux pour sa production toute fraîchement déversée aux Halles de Paris. Bref, entre forêts, petit oléoduc ignoré avec raffinerie de pétrole sur une commune voisine et centrale thermique en amont sur la Seine, gare de banlieue vers Saint Lazare et Montparnasse, ponts sur la Seine et église du XIIe, les Epônois ronronnent au gré d'un conservatisme agriculturo industrialo bourgeois: dans les années 80, Kaufman Broad a ratiboisé la colline où s'élevait avant guerre le château de la vieille famille Hérault de Séchelles, surtout héros d'une révolution qui le guillotina.
On y croisait la biche avant que des pavillons à l'américaine n'attirent des cadres parisiens à la recherche d'une verdure abordable. Au centre bourg, quelques immeubles collectifs raisonnables ont accueilli les employés de Renault Flins, à quelques kilomètres, les premiers logements sociaux des années 60. chaussure de ville pas chere
Depuis, les bien pensants épônois tolèrent ce qu'ils considèrent comme un mal nécessaire, ces familles un peu portugaises, un peu arabes, un peu pas comme eux.
Commune sous tutelle
Au cours des années, un instituteur bonhomme ancre la municipalité dans une droite pépère qui va perdurer. Les adjoints conservateurs veillent sur l'orthodoxie morale et rurale. On investit peu, on se refait la façade de la mairie histoire de se lustrer entre élus, mais l'on conserve pieusement les préfabriqués des maternelles.
Quelques réparations, quelques subventions, un centre de loisirs pour les jeunes, un collectif d'habitations au centre ville sur les ultimes champs du bourg, la fête de la Saint Jean dans le parc du château et roule ma poule, chacun chez soi et les vaches seront bien gardées.
Mais voilà t il pas que le maire UMP promu conseiller général transmet un relais maladroit à des notables incompétents, et ça se voit: en 2008, les finances plongent, plombées par un maire de droite à l'ouest qui confond emprunt et investissements, salaires nets et bruts. La ville est placée sous tutelle.
En 2010, des conseillers municipaux se proclament sans étiquette qui vont reconquérir la mairie en dénonçant l'incompétence du maire mistoufle. Le premier adjoint, jeune sexagénaire, chef d'entreprise, animé par une sorte de force tranquille qui ne tolère ni dérive financière ni magouille politique, s'entoure d'une équipe éclectique, puisée à droite, au centre et à gauche, mais choisie pour la compétence de ses membres. Il a même convaincu un ancien maire bon bougre, plutôt centre droit mais conscient de la nécessité de l'action, de se présenter. Objectif: redresser les finances. Faire le plein des subventions. Envisager l'avenir.
Et pendant trois ans, ces sans étiquette trop à droite pour le PS local, trop à gauche pour le vieux fond conservateur des Epônois de la terre et du château, font merveille: en trois ans, on redresse les comptes, on renonce à des emprunts inutiles, on choisit la communauté d'agglomérations qui va multiplier les projets et on prépare l'avenir d'une commune qui décroît.
PLU tard que plus tôt
Car Epône, inexorablement, se vide. On appelle ça érosion naturelle. Les enfants ont grandi, ils s'en vont. D'autant plus sûrement qu'ils ne trouvent à Epône ni activité soutenue ni logement. Au revoir les enfants 6700, 6600, 6500, l'altimètre du nombre d'habitants dégringole.
Solution? Maintenir le régime: rénover les écoles, entrer dans tous les projets d'activité, soutenir le commerce local et construire des logements accessibles comme le plan local d'urbanisme (PLU), peu ou prou, l'autorise.
Enserrée dans ses zones non constructibles, la ville à la campagne se découpe une tranche de terres agricoles à vendre et à lotir, du haut de la colline jusqu'en bas. La municipalité s'avise même qu'un parc oublié, autour d'une maison communale, le Castel des Ligneux, pourrait bien accueillir un petit lotissement sans grand mal pour les ligneux. Le maire, sous ses grosses moustaches rassurantes à la Clemenceau, approuve, le premier adjoint et son équipe bossent, un cabinet d'étude dessine. Une proportion raisonnable de logements sociaux, pour éviter les grosses pénalités qui commencent à entamer le budget communal, entrent naturellement dans les projets.
Alors, les gens du château s'émeuvent: et s'ils nous grignotaient notre parc? Et si des émigrés venaient coloniser la campagne dont nous avons détruit une partie, certes, pour nous loger nous mêmes, mais nous, ce n'est pas pareil, nous sommes des citoyens aisés, avisés, et puis nous avons conservé les vieux murs de la résidence châtelaine, nous sommes chez nous. Aucun racisme d'aucune sorte de notre part, mais il faut le reconnaître, les jeunes Maghrébins laissent traîner leurs cochonneries et ça fume dans le parc. Pas de ça dans mon jardin!
A la mairie, on entend bien la bronca, mais l'on ne s'affole pas: réunions publiques, commissaire enquêteur, quelques caméras de surveillance, quelques policers municipaux en renfort, on administre, on gère, et puis on a redressé les finances: qui voulez vous craindre? Le premier adjoint, peu porté sur le porte à porte et les meetings, laisse le vieux maire bon teint essuyer les réunions houleuses. On a été élus pour décider, alors on décide, dit ce mâle franchouillard. A l'orée de 2014, l'équipe sortante, fière de son bilan, regarde les municipales comme une sorte de formalité: aux bons gestionnaires, Epône reconnaissante. Mais, et la vague bleue qui se prépare? leur susurre des voix de malheur. Nous sommes sans étiquette, se rassurent les voix de la conscience en paix.
Tracter en Mercedes tout cuir
Pourtant, les listes se multiplient. L'une, sans étiquette mais de centre droit, nomme pour tête de file un Lorrain d'origine fraîchement retraité qui a trouvé Epône à son goût depuis une trentaine d'années. Conseiller municipal, il estime que, décidément, le citoyen maire Clemenceau et ses moustaches cachent de dangereux gauchistes. Pensez donc: un jeune Maghrébin, Ahmed, adjoint, siège au conseil! Un étudiant en cinéma fait merveille à son poste! La responsable de la culture veut démocratiser l'accès à une médiathèque.
Et puis ce premier adjoint, sous ses dehors respectables, c'est bien un proche d'une ancienne élue de gauche, non? C'est la preuve que ces hypocrites nous préparent en loucedé un PLU plein de logements sociaux. Qui dit qu'ils ne vont pas nous coller du collectif dans le parc du château (je sais que c'est impossible, se garde de dire le matois opposant, mais le suggérer, c'est de bonne guerre, non?).
Dans l'ombre, toute la fine équipe des vieux conservateurs qui gouvernaient la ville jusqu'en 2008attend sa revanche. Le candidat maire, inconnu de la population, tracte à bord de sa Mercedes tout cuir. C'est du tout cuit. Grâce au fromage coulant de Hollande, pensent les vieux croûtons de sa liste, on pourrait revenir aux affaires. A nos affaires.
Un candidat FN surgit: parachuté par le parti, il sonne aux portes, distribue du tract bleu marine à flamme républicaine. Voilà qui grignote le gâteau électoral, guigné sempiternellement par une liste PS qui fait le jeu de l'opposition: quels projets pour nos écoles? Halte au massacre des Ligneux! Comme à l'échelle nationale, ce PS local, frustré de n'avoir pas su prendre les rênes lors de la vague de 2012, préfère guillotiner la municipalité la plus proche de son programme et faire le jeu de la droite revancharde. Mais toujours pas de panique dans les rangs de la liste sans étiquette et sans reproche qui trouve très bien le jeu de la démocratie: les faits parleront. Tractons à quelques semaines des municipales, montrons le bilan, il suffira.
Ave César, ceux qui ont tout redressé vont mourir
Tout entiers dans la perspective de six années de prospérité annoncée, les candidats de la municipalité certaine de passer s'offrent le luxe de mettre d'office le vieux Clemenceau de maire à la retraite. Il est âgé, il a du mal à se déplacer, place aux jeunes. Trente sept ans élu à Epône, celui qui a couvert par sa jovialité conservatrice le ferment des jeunes loups progressistes regimbe. Comment s'en étonner? Le voilà déposé. C'est le premier adjoint, architecte du redressement et visionnaire, qui sera maire. Erreur funeste! Le vieil édile fera connaître son dépit.
Vague bleue aidant, démagogie de l'anti PLU trop social en bandoulière, mensonges des uns, réaction tardive des autres, au soir du premier tour les redresseurs de la commune sont déjà battus. A quelques kilomètres, Mantes la Ville est, elle, déjà FN. Comment ce petit village conservateur des Yvelines, Epône les Poireaux, aurait il pu résister encore et toujours? A quelques heures du scrutin, le candidat de centre droit sans étiquette se dépêche d'imprimer un tract où il se proclame UMP! Endossons la bonne veste pour accélérer celle des autres. Quelques élus de droite dans la poche venus faire la claque, et tout rentre dans l'ordre.
Après trois ans d'un travail acharné, les finances de la commune rétablies, la besace pleine de projets tous plus nécessaires et réfléchis les uns que les autres, une vingtaine de bénévoles qui ont cru à des élections locales déconnectées du national n'ont plus qu'à s'offrir le dernier pot de défaite chez l'ex premier adjoint, fin connaisseur des crus de France: on boit, amers, à la santé des projets gelés pour six ans.
Le nouveau maire, incapable de parler sans lire un texte qu'il ânonne péniblement en s'excusant de ses bafouillages au nom de l'émotion, a restitué dans leur inaction passée les adjoints glorieux de plus de 70ans Epône renoue avec la gérontocratie si rassurante. Aussitôt, le nouveau maire a décrété préférer payer des amendes bientôt 500000euros et plus plutôt que de construire du social. Il peut se le permettre en puisant dans le bilan financier positif dont il hérite.
Ainsi va la France profonde des années Hollande: à Epône, on construira quand même puisque certains parmi les nouveaux élus ont des terres agricoles à vendre. sac à main en cuir femme Mais pour des cadres parisiens venus habiter à la campagne. La parenthèse de la mairie compétente sans étiquette est refermée. Les partis ne sont pas là pour que le premier quarteron d'hommes et femmes désintéressés venu leur vole la grandeur de la vraie politique

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