Ginny Soskey

raconte son histoire
1988. Betty Mahmoody écrit Jamais sans ma fille. Résultat: un best seller mondial, un succès fou en France avec trois millions d'exemplaires vendus. Forcément, l'histoire est portée sur grand écran (avec Sally Field et Alfred Molina), le film est sacré aux Oscars. 25 ans plus tard, la fille de Betty, Mahtob Mahmoody, se décide à écrire sa version des faits.
Sans surprise, Vers la liberté reprend donc la vie de la jeune Mahtob, 4 ans, dont le père un médecin iranien installé depuis plusieurs années aux tats Unis, et la mère une américaine décident de partir en Iran pour les vacances. Une fois sur place, le cauchemar commence: le père révèle la véritable raison de ce voyage: "Maintenant, vous êtes dans mon pays. Vous devrez respecter mes règles. Vous resterez ici jusqu'à la mort". Pendant un an et demi, la fillette et sa mère seront retenus prisonnières, subissant les coups et la folie d'un père. Elles finiront par s'évader.
Si Vers la liberté livre un nouveau regard sur cette folle histoire, celui de la fille, c'est aussi l'occasion pour Mahtob de raconter sa vie après leur fuite d'Iran: la peur de l'enlèvement, les noms d'emprunts, l'ombre menaçante (un renard) et les menaces de son père puis la célébrité de sa mère, les trahisons, la haine et les cauchemars (toujours le renard). La force de l'espérance, aussi. Page après page, Mahtob Mahmoody décrit comment elle est parvenue à surmonter la haine de son père, à lui pardonner et à accepter sa culture perse.
Ci dessous, l'extrait du premier chapitre de Vers la liberté
TRENTE DEUX déménagements en autant d'années. Cette dernière transition a peut être été la plus joyeuse de toutes. Pour la première fois, je suis propriétaire. Je prends racine, je me suis décidée à rester en place. au moins plus longtemps que d'habitude. je l'espère. Assise dans mon solarium, je me prélasse dans la lumière qui entre à flots par les fenêtres. Réchauffant mes mains autour d'un mug de mon café Berres Brothers préféré, éclairci de lait, je m'interroge: Comment puis je être aussi heureuse?
Ma vie a été plus mouvementée ces derniers mois. Il y a des moments où le travail et le quotidien valsent avec une telle frénésie qu'essayer de garder le rythme m'étourdit. C'est généralement au cours de ces périodes que mes cauchemars disparus refont surface. Le renard qui me pourchassait pendant mon enfance s'est volatilisé, mais le sentiment familier d'appréhension s'offre de temps à autre une petite visite nocturne. Malgré tout, là, c'est un instant de paix que je goûte.
Dehors les oiseaux chantent pour me remercier d'avoir récemment suspendu des mangeoires débordantes de graines. Le printemps est magnifique dans le Michigan. La neige adisparu pour dévoiler une couverture de terre d'un brun mat, teintée de mèches d'un vert jaunâtre. Près de moi, au boutdu canapé, une petite table resplendit sous l'amoncellement de colifichets de Norouz, le Nouvel An perse. Le Haft Sîn littéralement les sept objets dont le nom commence par "s" et qu'on dispose sur une table sert de carte de la sagesse ancestrale destinée à guider lors du passage d'une année à l'autre. La purification est la principale tâche de Norouz. Purifier sonâme de toute négativité; purifier son corps et même purifier son foyer.
Tout en sirotant mon café, je suis prise d'un élan ambitieux. Je ne sais si c'est lié à ce babillage de nettoyage de printemps oubien si c'est la proximité du Haft Sîn, mais aujourd'hui, c'est décidé, je m'attaque aux derniers cartons étiquetés "divers" entreposés au sous sol. Trois mois que j'ignore ce fouillis bien caché, ça suffit.
En descendant l'escalier qui mène au niveau inférieur, je suis plus que ravie de me sentir propriétaire de ces marches couvertes de moquette douce. Dans la pièce vide qui deviendra un jour un bureau, je m'attarde devant la baie vitrée coulissante et examine attentivement la bande de terre presque inoccupée bordant mon patio. J'ai hâte de remplir cet espace de fleurs et d'herbes, peut être même de quelques plants de tomates. Cela attendra cependant un autre jour.
Au fond du sous sol, une porte, bien trop facile à fermer puis à oublier, donne sur une partie inachevée de la maison, l'endroit idéal où cacher tout un fouillis. Avant même de pousser la porte, un soupir m'échappe. Il n'y a pas tant de cartons que ça à vider, me dis je en entrant. Je me sentirai mieux une fois que ce sera fait.
Mon poste de travail m'attend. Il y a même un carton à l'extrémité de la table pliante, je n'ai qu'à l'ouvrir. Prenant le couteau posé à côté, je me lance. Le dessus du carton est rempli de papier journal chiffonné que je parcours rapidement en quête de mots croisés non résolus. N'en trouvant pas, je balance les feuilles dans la poubelle sous la table. Qu'avons nous là dedans? Le terme "divers" convient tout à fait: des lettres, des coupures de journaux, des photos, des souches de billets, le porte clés rouge que j'ai gagné au concours de Jeunes Talents du lycée objets divers, rassemblés sans cohérence, choses sans ou de peu de valeur autre que celle de l'attachement sentimental. Voilà pourquoi il est si difficilede vider ces cartons. Ils sont emplis de vestiges de mon passé qui ne s'intègrent pas vraiment à mon présent mais dont je ne peux me résoudre à me défaire. Je progresse en creusant au travers des couches successives, repérant des souvenirs qui couvrent ma vie passée, et je me rends compte que ça ne va pas être une affaire rapide. Je vais avoir besoin d'un fauteuil confortable et d'une autre tasse de café. Le carton posé sur la hanche, j'éteins la lumière, ferme la porte et me replie dans le solarium.
La première chose qui attire mon attention est un album photo. Sa couverture bleu foncé est imprimée d'une poignée d'étoiles et d'un croissant de lune jaune. parce que "Mahtob signifie clair de lune." Un sourire étire les commissures de mes lèvres au souvenir de mes amis me taquinant à ce sujet. Maman m'avait offert cet album pour rire, des années plus tôt. Au moment où je le sors du carton, une enveloppe s'en échappe, et mon esprit dérive des années en arrière jusqu'à ce jour où, pour la dernière fois, j'ai tenté d'achever cet album.
Je travaillais comme responsable des relations avec la collectivité pour un organisme de santé mentale du Michigan. J'aimais mon travail, mes collègues, ma ville, mon groupe d'amis excentriques. La vie était belle. sacs femme bandoulière incroyablement trépidante. Pourtant, je savais que vivre trop de bonnes choses pouvait parfois être insupportable. Aussi, quand l'occasion s'était présentée de quitter la ville pour un long week end, je l'avais saisie et, sur un coup de tête, en préparant mon sac,j'y avais jeté cet album et une enveloppe pleine de photos. Pendant le vol, je m'étais affairée à transférer le paquet de photos dans l'album en me demandant pour quelle raison je ne parvenais pas à trouver cinq minutes chez moi pourcette petite tâche. Pourquoi devais je traverser le pays avec ces photos pour réussir à les ranger dans l'album? La vie devait elle vraiment être aussi trépidante?
Instinctivement, je jetais un oeil au dos des photos avant de les glisser dans les feuilles plastifiées libres de l'album. Le renard n'habitait plus mes rêves d'adulte, mais l'habitude deguetter son retour faisait partie de moi au même titre que la respiration. C'était une habitude inconsciente issue de toute une existence d'hypervigilance.
Depuis quelques années, maman, sentimentale jusqu'à la moelle, m'avait transmis de grosses quantités d'héritages familiaux. chacune de ses visites, elle apportait une voiture entière de trésors de divers aspects de mon héritage le rocking chair de sa grand mère. les tapis persans qui avaient rempli la maison de mon enfance. une peinture à l'huile qui avait appartenu à mon père avant que mes parents se rencontrent. le délicat service à thé iranien dont nous avions utilisé, chaque année, les soucoupes bordées d'or pour présenter les sept objets du Haft Sîn; des cartons remplis detoute une existence de photos en vrac. Au verso des photos qui marquent les premiers mois de mon existence se trouve le dessin d'un renard bondissant effrontément le même renard que dans mes rêves. Ce n'est que sa silhouette imprimée enrouge, mais la ressemblance est manifeste. Il bondit, les pattes étirées, les oreilles en arrière, la queue allongée derrière lui, clairement à la poursuite d'une proie. Sous le dessin, en lettres majuscules, est écrit FOX PHOTO.
Les photos que je tenais étaient plus récentes. Elles n'avaient pas été développées chez Fox Photo. Il n'y aurait pas de prédateur sur leur verso et, pourtant, sans réfléchir, je vérifiai malgré tout. Ce n'est pas une coïncidence si cette image est celle que mon esprit a capturée pour symboliser mon père. Il était, après tout, le photographe de la famille et j'étais son modèle préféré. Les cartons et les albums qui ont fini par atterrir aujourd'hui dans ma maison sont les reflets de milliers d'instants figés dansle temps par l'objectif de son appareil photo. Ma vie aurait pu être si différente. Quelle personne serais je devenue si les choses s'étaient déroulées selon les plans de mon père?
J'étais perdue dans mes souvenirs et le grondement des moteurs de l'avion quand la femme assise à côté de moi s'est penchée et a entamé la conversation. Je l'avais tout de suite remarquée au moment de l'embarquement. Sa présence était frappante, elle était habillée tout en noir à l'exception de ses escarpins à talons aiguilles imprimés léopard. Elle transportaitune besace disproportionnée et un chapeau de paille. Une paire de gigantesques lunettes de soleil haute coutureretenait ses courts cheveux blonds en arrière. Comme il m'arrive souvent, la conversation a rapidement dérivé versles livres et, avant que je m'en rende compte, je griffonnais ses conseils de lecture dans la marge du carnet de mots croisés du New York Times que j'avais emporté pour le voyage. Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, La Couleur dessentiments, L'cole de détectives privés du Limpopo. Il n'a pas fallu longtemps pour que je laisse de côté l'album de photos. J'ai glissé le reste des clichés dans l'enveloppe que j'ai fourrée à l'intérieur de l'album. Cette tâche attendrait un autre jour. Je ne sais ce qu'il y a chez moi mais les gens, souvent de parfaits étrangers, ont l'habitude de m'ouvrir leur coeur. Cela fait partie de ma personnalité au moins depuis mon année de CE1. Mes amis avaient l'habitude de faire la queue à l'extrémité de la cage à poules, attendant leur tour pour venir s'asseoir sur labalançoire à côté de moi et, comme on dit dans le jargon dela psychiatrie, "exprimer leurs ressentis". Aussi peu probableque cela puisse paraître, on aurait dit qu'une bulle flottait au dessus de ma tête avec la mention " Conseil en psychiatrie5 cents" ou que j'arborais une pancarte racoleuse autour du cou annonçant que "le docteur consultait" dans le style du personnage de Lucy de la bande dessinée Peanuts. Il fallait aussi que cela m'arrive avec une étrangère.
Nous avons discuté pendant tout le vol. ventes chaussures femme C'était une femme charmante, au sourire chaleureux et au regard aimable. Elle s'est avérée être agent immobilier dans une petite ville rurale près de l'endroit où j'avais grandi. Son mari et elle, me dit elle, vivaient dans un décor pastoral paisible où elle m'invitait à venir lui rendre visite si j'avais besoin d'un refuge plus proche de chez moi. Quand l'avion a atterri, nous avions évoqué, le temps de la conversation, Le Château de verre, De l'eau pourles éléphants et Le Secret des abeilles, comme deux amies de longue date.
"Combien de temps dure votre escale? m'a t elle demandé alors que nous attendions notre tour pour nous joindre à la queue qui débarquait
Bien, vous avez le temps de déjeuner alors."
Ce n'était pas une question. J'ai tenté de protester mais elle a insisté. Nous nous sommes dirigées vers un restaurant de fruits de mer où nous avons poursuivi notre conversation littéraire en buvant du vin et en partageant une assiette de calamars. Comme dans toute discussion, un sujet nous a menées à un autre et, de fil en aiguille, cette superbe femme a fini par me confier un épisode incroyablement douloureux de son existence. Pendant de nombreuses années, me dit elle, elle avait porté en elle, en silence, la charge émotionnelle de cette expérience, sans même partager sa douleur avec ses plus proches amis.
Voyant ses yeux s'emplir de larmes, je n'ai pu m'empêcher de penser au vieux cadre noir qui était posé sur mon bureau, au travail. J'avais imprimé, sur une feuille de papier à lettres en lin couleur ivoire, les vers du Weaver's Poem. C'était, mot pour mot, le poème tel que ma chère amie, Hannah, me l'avait appris le jour de notre remise de diplôme. J'avais 18 ans etcela avait été un des jours les plus tristes de ma vie. C'étaient sans aucun doute des fils sombres que ma nouvelle amie me décrivait. Et pour chaque fil sombre, j'en suis convaincue, il y a un bienfait à trouver quelque part, visible ou pas. Je me suis demandé si elle comprenait cela.
"Je n'arrive pas à croire que je vous raconte tout cela, a t elle dit en reniflant. C'est bizarre, j'ai l'impression de vous connaître depuis des années et je me rends compte que je ne sais même pas votre nom.
Je m'appelle Mahtob, ai je répondu en souriant et entendant la main par dessus la table.
Mahtob. Quel beau nom. De quelle origine est il?
Hmm, ai je fait en buvant une gorgée de riesling. Monpère était originaire d'Iran.
'ai lu un livre vraiment très intéressant il y a quelques années, a t elle commencé et j'ai aussitôt su où cela allait nous mener. Il parlait d'une femme qui habitait dans le Michigan. Elle a épousé un Iranien. Il l'a emmenée, avec sa fille, en Iran pour voir sa famille puis il les y a séquestrées. Pour arranger les choses, c'était en temps de guerre et la ville où elles se trouvaient était bombardée. C'est une histoire vraie. Peut on imaginer une histoire pareille? Après plusieurs tentatives et autant d'échecs, la femme a finalement réussi à s'échapper avec sa petite fille. Cette histoire était tout simplement étonnante. Il y a même eu un film. Comment s'appelait il déjà?

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